Conférence à Marrakech
Atlantic Dialogues
Par Jawad KERDOUDI Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)
Le Think Tank marocain Policy Center for the New South a organisé du 13 au 15 Décembre 2018 à Marrakech une conférence internationale de grande envergure regroupant 350 participants venus de 90 pays. Le thème de cette conférence a été « Dynamiques atlantiques : surmonter les points de rupture ». D’éminentes personnalités ainsi que des décideurs, des chefs d’entreprise, des chercheurs et des universitaires ont débattu de ce thème pendant trois journées. Cette conférence va contribuer à augmenter le « Soft Power » du Maroc sur le plan international.
Il y a tout d’abord lieu de féliciter les organisateurs d’avoir choisi un thème sur l’Atlantique, car le Maroc a deux façades maritimes : la Méditerranée et l’Atlantique. Le monde atlantique comprend l’Europe et l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Amérique latine, c'est dire l’importance stratégique de cette région, qui est traversée actuellement par des points de choc entre les gouvernements. On peut citer à titre d’exemple les menaces sur le commerce international, du fait de la montée du protectionnisme actée principalement par le Président américain Donald Trump. Un autre point de discorde est la crise migratoire qui oppose d’un côté l’Afrique et l’Europe et de l’autre côté l’Amérique latine et les Etats-Unis. Autre point de rupture : la lutte contre le changement climatique portée par l’Europe et l’Afrique, et délaissée par les Etats-Unis qui se sont retirés de l’Accord de Paris et qui ont entraîné dans leur sillage le Brésil qui a renoncé à abriter le COP25.
Une autre tendance prévaut en Europe et aux Etats-Unis est la montée du populisme causé par l’élargissement des inégalités sociales. Cela nécessite l’élaboration d’un nouveau contrat social pour rétablir la confiance entre l’Etat et les citoyens. Les derniers événements en France des « Gilets jaunes » attestent de cette tendance, tandis que l’électorat de Donald Trump se compose principalement de la catégorie de la population blanche la plus défavorisée. Sur le plan économique, le monde est à peine sorti de la grave crise financière 2017/2008, et des menaces nouvelles se profitent à l’horizon, telle que la digitalisation qui va supprimer plusieurs emplois. La conférence s’est penchée également sur la problématique démographique avec d’un côté le vieillissement de la population en Europe, et de l’autre côté l’explosion de la population africaine qui atteindrait deux milliards d’habitants en 2050.
Tous ces événements contribuent à la montée de l’angoisse sécuritaire alimentée par la prolifération du terrorisme. D’où la nécessité d’une nouvelle définition du rôle de l’OTAN (Organisation du Traite de l’Atlantique Nord). L’ordre mondial est en train de changer, mais il est difficile de prévoir dans que sens. Une seule certitude a été partagée par les intervenants, à savoir la montée de la Chine au premier rang, qui risque de bouleverser l’équilibre entre le monde atlantique et asiatique.
Les quelques pistes de solutions pour régler ces divers problèmes passent par une meilleure justice sociale à l’intérieur de chaque pays, et entre les pays qui composent la planète. Le développement économique des pays du Sud (Afrique et Amérique latine) est un impératif, ce qui permettra la réduction des flux migratoires. Les pays du Nord (Europe et Etats-Unis) doivent contribuer au développement des pays du Sud d’une façon substantielle, car il y va de leur sécurité. Sur le plan politique, il y a lieu de réformer l’ONU et mettre fin au pouvoir exorbitant des cinq membres permanents. Il faut aussi régler les conflits régionaux : Israël/Palestine, Syrie, Yémen, Libye, qui sont source de migration et de terrorisme. Il faut enfin développer l’éducation de qualité partout dans le monde, et promouvoir la culture qui est le meilleur moyen d’harmoniser les relations entre les peuples.
CHRONIQUES HEBDOMADAIRES DE l'IMRI