La reconstruction de Gaza
Plan du Caire adopté par la Ligue Arabe et l’OCI
Par Jawad KERDOUDI Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)
Rappelons que c’est le 7 Octobre 2023 que le Hamas qui contrôle la bande de Gaza a attaqué Israël. Israël a répliqué immédiatement par des frappes aériennes, puis une opération terrestre. Cette guerre asymétrique entre une armée structurée et un Mouvement de résistance, a causé d’énormes pertes humaines et matérielles. Du côté palestinien, on dénombre plus de 47.000 morts, 111.000 blessés, 10.000 disparus, et 1,9 million de personnes déplacées. Du côté israélien, le bilan est de 2.000 morts, 13.500 blessés, la prise de 251 otages, 25 disparus, et 200.000 personnes déplacées. La bande de Gaza est complètement détruite par l’armée israélienne et n’est plus actuellement qu’un champ de ruines.
Les Etats-Unis ont apporté une aide financière et militaire considérable à Israël, tant sous la présidence de Joe Biden que celle de Donald Trump. Le Mardi 4 Février 2025, lors d’une visite de Netanyahu à Washington, le président Donald Trump a proposé une idée farfelue, consistant à transformer la bande de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient », en déplaçant les 2,4 millions de Gazaouis en Egypte et en Jordanie, et en prenant le contrôle de Gaza. Ce qui équivaut à une guerre coloniale, puisque Gaza a été détruite par les bombes et missiles américains livrés à Israël. En outre, selon le droit international, tout déplacement forcé de population est considéré comme un crime de guerre. Netanyahu a trouvé « l’idée remarquable, en ajoutant que c’est la proposition la plus originale depuis des années ». Donald Trump l’a proposé à l’Egypte et la Jordanie, pays voisins de Gaza, et qui reçoivent chacun une aide financière et militaire des Etats-Unis.
Dès le lendemain 5 Février 2025, le Roi Abdallah II de Jordanie a rejeté toute initiative d’annexion de la bande de Gaza par les Etats-Unis, et tout déplacement forcé de Gazaouis. L’Egypte de son côté a rejeté catégoriquement la proposition de Donald Trump la qualifiant « de nettoyage ethnique ». Tout au plus, la Jordanie a accepté de recevoir 2000 enfants gazaouis malades pour les soigner dans ses hôpitaux. Elle a rappelé que 3.000 soldats américains sont stationnés sur son sol, et qu’elle a participé à faire barrage aux missiles iraniens qui visaient Israël. On ne peut que se féliciter de la position courageuse des ces deux pays arabes malgré la pression américaine.
Afin de conforter son positionnement sur la bande de Gaza, l’Egypte a convoqué un Sommet extraordinaire arabe qui a eu lieu le 4 Mars 2025 au Caire. Ce Sommet a adopté un plan de relèvement et de reconstruction de Gaza présenté par l’Egypte en coordination avec l’Etat de Palestine et les Etats arabes. Ce plan représente un montant de 53 milliards de dollars sur cinq ans. Le communiqué final a exhorté la communauté internationale, ainsi que les institutions financières internationales et régionales à apporter rapidement le soutien nécessaire à ce plan. Il a aussi préconisé la mise en place d’un Fonds où seront déposées les contributions de tous les Etats et institutions de financement donatrices, en vue de réaliser les projets de reconstruction. Le Sommet a également salué la décision palestinienne de créer un Comité de gestion de Gaza, composé de compétences issues de la bande de Gaza, pour une période de transition visant à faciliter le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza. Le plan présenté par l’Egypte comprend trois phases. Une première phase de 3 milliards de dollars d’une durée de 6 mois concernera l’élimination des mines et des décombres, et la construction de logements temporaires pour abriter 1,5 million de personnes. La seconde phase de 20 milliards de dollars concernera les infrastructures essentielles et les logements permanents. La troisième phase de 30 milliards de dollars complétera les infrastructures avec la création d’une zone industrielle, d’un port commercial et d’un aéroport. Le plan doit aller de pair avec l’amorce d’un processus politique, dans la perspective d’une solution durable et juste, permettant au peuple palestinien de réaliser ses aspirations légitimes à l’établissement d’un Etat indépendant, et à vivre en paix et sécurité. Enfin, le Sommet a exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU de déployer des forces internationales de maintien de la paix, pour assurer la sécurité des peuples palestinien et israélien, et a insisté sur le rôle vital de l’UNRWA dans l’assistance des réfugiés palestiniens.
Sur un autre sujet, le Sommet du Caire a dénoncé le revirement d’Israël concernant le plan de cessez-le-feu signé le 15 Janvier 2025 et entré en vigueur le 19 Janvier. En effet dans sa deuxième phase, ce plan prévoit le retrait total des forces israéliennes de Gaza, et la restitution par le Hamas de tous les otages israéliens restants. Israël n’a pas respecté son engagement en souhaitant prolonger la première phase jusqu’au mois d’Avril 2025, prétextant que c’est une proposition américaine. Le 2 Mars 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza, et le 9 Mars coupé la fourniture d’électricité.
L’Organisation de Coopération Islamique (OCI) forte de 57 pays musulmans, a adopté formellement le Samedi 1er Mars 2025 à Jeddah en Arabie saoudite, le plan arabe pour la reconstruction de Gaza. L’ONU, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, et l’Italie ont salué le plan arabe pour Gaza qui présente « une voie réaliste vers la reconstruction de Gaza ». La prochaine étape consistera à le faire adopter par l’Union européenne, le Japon, la Chine et d’autre pays.
Notre ministre des affaires étrangères Nasser Bourita, présent au Sommet de la Ligue arabe et à la réunion ministérielle de l’OCI à Jeddah, a réaffirmé le soutien constant du Roi Mohammed VI aux droits légitimes du peuple palestinien. Il a souligné que Gaza et la Cisjordanie font partie intégrante du territoire palestinien, et que seul le peuple palestinien doit décider de son avenir. Il a insisté sur la nécessité de consolider le cessez-le-feu, de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, et d’assurer une reconstruction durable dans un cadre politique inclusif. Le ministre a rappelé l’importance de préserver le statut juridique d’Al-Qods, réaffirmant l’engagement du Roi Mohammed VI en sa qualité de Président du Comité Al Qods, en faveur de la protection de la ville sainte et du soutien à ses habitants, grâce au rôle clé du Comité Al Qods et de l’Agence Bayt Mal Al-Qods.
En conclusion l’adoption du plan égyptien pour la reconstruction de Gaza par la Ligue arabe, l’OCI, l’ONU, et les grandes puissances européennes isole politiquement Israël et les Etats-Unis. Il est impératif que les pays arabes et musulmans reconstruisant effectivement la bande de Gaza, ce sera la preuve de leur détermination. Au-delà de la reconstruction de Gaza, la seule solution pour mettre fin au conflit israélo-palestinien est l’instauration d’un Etat palestinien indépendant et viable. Ce conflit ne date pas du 7 Octobre 2023, mais du 14 Mai 1948, date à la quelle Israël a proclamé par la force son indépendance sur une terre qui ne lui appartenait pas, entrainant l’exode de 750.000 palestiniens.
CHRONIQUES HEBDOMADAIRES DE l'IMRI